13 novembre 2005

LA PAZ - PETIT EXPOSE SUR LA FEUILLE DE COCA

J'ai rendez-vous pour le déjeuner avec Christophe, un belge qui m'a contacté grâce au blog. Il est à la Paz, et est très intéressé par l'ascension du Huayna Potosi. Nous convenons de nous retrouver demain matin pour aller réserver ensemble auprès de l'agence qui organise tout. Je retrouve Isabella à 14h00 pour aller visiter le Musée de la Coca, petit musée sans prétention mais extrêmement intéressant pour comprendre le rôle de la feuille de Coca dans la vie bolivienne.

Cette petite feuille verte, dont les vertus thérapeutiques et anesthésiques sont connues depuis les premières civilisations pré-colombiennes, rythme l'histoire de la Bolivie depuis plus de 4 siècles. Ainsi les Incas l'utilisaient pour réaliser des trépanations, et l'utilisation médicale de ses effets anesthésiants ont marqué le début de l'ère moderne de la chirurgie.

Le rôle religieux de la feuille de coca est très important. Les traditionnelles offrandes à Pachamama, déesse vénérée de la Terre sont toujours accompagnées de feuilles de coca. Les demandes en mariage se font parfois avec des feuilles de coca qui sont offertes à la famille des futurs époux. La feuille de coca peut être utilisée pour lire l'avenir. De manière générale, la coca par ses effets euphorisants et stimulant est considéré comme le lien spirituel avec toutes les croyances boliviennes.

La feuille de coca a permis a des générations de mineurs de survivre dans les mines de Potosi dans des conditions inhumaines. Ils mastiquaient des feuilles dont le jus leur apportait des effets vitalisants et coupe-faims. Du coup, les exploitant n'hésitaient pas à en fournir en abondance pour faire travailler les mineurs jusqu'au plus de 48 heures de suite, et ainsi augmenter la rentabilité des mines. Des études dans les années 80 ont montré que la feuille de coca est l'une des plantes les plus nutritive qui existe.

Le musée traite aussi le chapitre de la cocaïne, sans tabou. Il faut bien faire la différence entre le fait de consommer des feuilles de coca (légal en Bolivie), et le fait de consommer de la cocaïne (illégal). Cependant, les feuilles étant l'ingrédient de base de la drogue, la production de feuilles de coca est devenu (théoriquement) interdite. Car la production existe
Tous le processus de fabrication de la cocaïne est expliqué en détail (je dois puiser dans mes souvenirs de cours de chimie pour bien comprendre l'histoire), ainsi que ses dérivés. Il faut plus de 350 kilogrammes de feuiles pour produire seulement 1 kilogramme de Cocaïne base, poudre blanche ultra pure qui est ensuite traité pour faire le produit final. Des cartes géographiques indiquent les principaux chemins de transit clandestin vers les pays frontaliers, et bien sûr, la route pour Guayaramerim en fait partie. Petite statistique intéressante : les USA, qui représentent 5% de la population mondiale, consomment 50% de la production mondiale de cocaïne. Pas étonnant qu'ils soient les premiers a financer la Guerre de la Cocaïne.

Enfin, une large partie est consacré à l'exploitation commerciale des dérivés de la coca, dont le plus fameux produit est le Coca-Cola. Quelle ne fut ma surprise d'apprendre que la première mouture de cette élixir fut inventé par un Français, qui la commercialisa comme un remède contre la fatigue et la vieillesse. Ce n'est que lorsqu'un pharmacien américain d'Atlanta repris le produit pour le "marketer", et lancer sa commercialisation à grande échelle, que le Coca-Cola commença à envahir le monde. Aujourd'hui la coca n'entre dans la composition du Coca-Cola que pour lui donner de la saveur. Les agents chimiques de la drogue ne sont plus utilisés, car interdits depuis les années 70.

A 16h00, nous rejoignons Simon et Chloe pour notre dernière heure ensemble car ils prennent le bus ce soir pour Sucre. Nous allons au restaurant Libanais, puis nous rentrons à l'hôtel.

Le lendemain, je décide d'aller au marché légal de la coca pour voir comment ça se passe. Il se tient dans un grand bâtiment en haut de la ville. Une allée centrale donne sur plusieurs pièces ou des énormes tas sont fait avec les feuilles de coca, puis elles sont mises dans des sacs de 30 kg, sont pesées et vendus.





Les producteurs viennent de très loin pour vendre leur récolte telle cette femme de Santa Cruz, à plus de 600 km de La Paz. Les gens me regardent bizarrement car ils ne sont pas habitués à voir des touristes ici. Il y a sûrement des choses que je ferai mieux de ne pas voir.