31 octobre 2005
DE PORTO VELHO A GUAYARAMERIM (BOLIVIE)
Je suis sur le sentier de guerre dès 6h30, pour prendre le premier bus à destination de la Bolivie. Nous devons d'abord nous rendre à Guajara-Merim, ville frontière à 4 heures de bus de Porto Velho, puis traverser le Rio Mamoré en barque pour atteindre Guayaramerim en Bolivie. Si le temps nous l'autorise, nous tenterons d'aller jusqu'à Riberalta, à 3 heures de bus supplémentaire.
Comme à l'accoutumée, nous découvrons que les horaires de bus ont changé. Le bus de 8h0 pour Guajara-Merim, le premier de la journée, pour lequel nous nous sommes dépêchés, part finalement à 9h00. Cela nous laisse le temps de prendre un petit-déjeuner à la gare routière. Le bus est en retard et part finalement de la gare à 9h30. Mais comme la climatisation du bus ne marche plus, au lieu de prendre la route, nous sommes acheminés vers le dépôt de la compagnie, pour en changer, ce qui nous fait perdre encore du temps. Enfin, à 10h30, nous sommes sur le bon chemin.
La route à moitié goudronnée traverse la forêt amazonienne mais il est difficile de l'apercevoir. Après la pollution des fleuves qui sillonnent l'Amazonie, je prend conscience du danger qui pèse sur la forêt elle-même. Tout a été défriché aux alentours via la méthode du brûlis, et il ne reste plus de part et d'autre de la route qu'une plaine verdoyante. Parfois, quelques troncs calcinés trônent tristement au beau milieu d'un périmètre noirci. A l'horizon, quelques colonnes de fumée rejoignant les nuages grisâtres indiquent que la forêt continue de mourir.
Le bus fait le plein de personnes en cours de route. Toutes portent les traces de la pauvreté : t-shirt ou chemise troués, pantalon d'occasion trop grand. Et sur le visage des hommes, marqués par les brûlures du soleil (ou de la foret qui part en fumée), une barbe de plusieurs jours négligée. Certain ressemblent presque à des bandits de grand chemin.
Le bus arrive à Guajara-Merim, côté Brésil à 15h00. Les taxis demandent une fortune pour rejoindre le centre-ville donc nous attaquons la route à pied. Mais devant l'inexactitude aberrante du plan de la ville dans mon guide de voyage, nous nous résignons à en prendre un taxi quand même.
Nous arrivons dans une nouvelle ville-fantôme. Pas une âme qui vive dehors, pas un bruit dans la rue. Il faut d'abord aller au Bureau de la Police Fédérale pour obtenir le tampon de sortie. Quand nous arrivons devant le bâtiment, tout est fermé. Un homme attend devant et nous apprend que ce n'est pas ouvert le Dimanche. Bon sang ... Dimanche ... une fois de plus ! Mais pourquoi nous arrivons toujours dans une nouvelle ville un dimanche ? Je ne m'imagine pas bloqué dans cette ville pourrie pour la nuit, donc je frappe à la porte, j'appelle quelqu'un à travers la fenêtre, et une minute plus tard, un officier nous ouvre. Après de multiples formules de politesse, nous avons notre tampon. Ma bonne étoile ne nous a pas entièrement abandonné.
Nous fonçons au port qui se trouve au bout de la rue déserte. En face de nous, sur l'autre rive, c'est la Bolivie. Enfin !

Je ne m'imaginais pas quitter le Brésil dans un tel endroit, et dans de telles conditions. C'est assez glauque. La barque pour traverser le Rio Mamoré part une fois que 10 personnes ont été réunies. Nous attendons 15 minutes, juste le temps pour moi d'aller faire des photos de la fameuse ligne de chemin de fer inachevée qui devait relier le Brésil à la Bolivie, et l'embarquement commence. Ciao Brésil, Bolivie j'arrive !


La ville de Guayaramerim est un peu plus animée que sa jumelle brésilienne, mais notre chance s'arrête là. Le Service d'Immigration est fermé pour de bon, et il ne fera pas exception pour nous cette fois. De plus, il n'y a aucun distributeur automatique d'argent en ville. Je n'ai pas de monnaie bolivienne d'avance, et les banques sont toutes fermées. Là, je me fais la promesse de ne plus jamais traversée une frontière, ou d'arriver dans une nouvelle ville un Dimanche.
Bref, impossible d'aller plus loin sans visa d'entrée, ni argent, donc nous sommes contraint de dormir ici ce soir, en attendant l'ouverture des commerces demain à 8h00. Ce qui va nous faire rater notre bus pour Rurrenabaque censé être à la même heure. Le voyage en Bolivie commence bien ...
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29 octobre 2005
DE MANAUS À PORTO VELHO - CROISIÈRE AU COEUR DE L'AMAZONIE
Le Donna Lili n'est plus au port officiel quand nous nous y rendons à 15h00. Il s'est déplacé jusqu'au dock non officiel, ce qui nous permet d'embarquer sans avoir besoin d'attendre le gars auquel nous avons acheté les billets (de toute façon, il n'est pas là), ni de prendre une barque pour rejoindre le bateau en fraude.


Nos hamacs sont toujours là. Il nous reste 2 heures avant de partir, donc je vais faire des provisions de nourriture. J'achète le nécessaire pour faire des caipirinhas pendant plusieurs jours, une bouteille de vin pour fêter notre embarquement réussit, des ananas et des oranges. Le bateau se met en route à 18h00, juste au moment du coucher de soleil. Nous sommes les seuls étrangers à bord. C'est parti pour 4 jours de croisière sur le Rio Madeiras à vivre dans un hamac.

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Après 2 mois de vadrouille ininterrompue, je vais en profiter pour me reposer, pour lire, pour préparer les prochaines semaines en Bolivie, et bien sûr, observer la vie sur les rives de la forêt amazonienne.
Le dîner est servi immédiatement. C'est une soupe de légume avec des morceaux de viande grasse flottant dedans. Pas d'entrée, ni de dessert... Je ne dit rien, mais je crains le pire pour les jours suivants. A 20h00, toutes les lumières du bateaux sont déjà éteintes, tous le monde est dans son hamac, prêt a dormir. La nuit est fraîche en raison du vent. Je suis obligé de sortir mon duvet, chose que je n'imaginais pas faisable ici. Et le bruit perpétuel du moteur du bateau, combinée au confort relatif de mon hamac, font que la nuit n'a pas été très reposante finalement.
Le petit déjeuner est servi à 5h00, à l'aube, ce qui me vaut de le louper, car je n'ai pas le courage de me lever. Heureusement, un "délicieux" déjeuner est servit dès 10h30 : une assiette de riz, des spaghettis, et des morceaux de poulet baignant dans une sauce aux flageolets. Et ça va être comme ça pendant tout le trajet ! Au bout du deuxième jour, je n'en peux plus de ce régime de bagnard.
Le bateau longe la rive à contre-courant, ce qui permet de voir les villages disséminés le long du fleuve. Le niveau de l'eau est si bas (plus de 5 mètres en moins) que cela provoque un effondrement des berges, donnant une vue immédiate de la végétation, comme si j'étais à l'intérieur de la forêt.


Des grandes plages fluviales sont apparues, laissant parfois des embarcations sur le sable, a plus de 100 mètres de la nouvelles rive du fleuve.

Le fleuve lui-meme ne manque pas de distractions. De nombreuses personnes vivent a proximité, et offre un spectacle permanent de la vie locale en Amazonie. Tel cet homme se lavant de bon matin dans l'eau boueuse, ou encore cette femme "travaillant" sur un charter fluvial de marchandises.


Il arrive de croiser de temps en temps des cabanes flottantes de chercheurs d'or. Le toit en paille abrite une puissante pompe qui drague le fond du fleuve. L'eau est filtrée sur un tapis roulant à 2 niveaux et rejetée dans le fleuve avec sûrement quelques substances chimiques en plus. Ils récoltent 15 grammes d'or par jour. Ca m'a l'air peu mais ici, c'est suffisant pour survivre.

Le bateau charge parfois des nouveaux passagers. Il ne fait pas tojours escale, mais envoi son canot à moteur récupérer les gens sur la rive. Ceux-ci doivent ensuite se débrouiller pour escalader la balustrade avec leurs bagages, tout en continuant d'avancer avec le bateau. Et il fallait que ça arrive : une nuit, un malheureux passager rate son lancer de bagages, et lorsque le "plouf" retentit, tous le monde se précipite à la balustrade croyant que c'est le nouveau venu lui-même qui est tombé à l'eau.



Au bout du 2ème jour, le bateau est plein. Il y a beaucoup de jeunes mères à bord avec 2 ou 3 enfants, et détail typique du Brésil, ce sont quasiment toutes des filles. La sur-représentation féminine n'est pas prête de s'arrêter ! Il n'y a presque plus de place entres les hamacs, et c'est la guerre pour pouvoir s'étendre complètement. Heureusement, j'arrive à trouver un autre emplacement que celui où j'étais initialement, avec de l'espace. La place que je laisse libre ne le reste pas longtemps : un gros brésilien s"y installe, coinçant Sylvia entre lui-même, et un joueur de football pot-de-colle à l'haleine fétide (dixit Sylvia).
Autre problème apparaissant avec la surpopulation du bateau : l'odeur. Les douches et les toilettes sont situées dans la même cabine, et elles deviennent de moins en moins fréquentables. Les chasses d'eaux sont toutes cassées, et l'odeur qui en émanent devient insupportable quand on s'en approche. Quelques hamacs sont suspendus juste en face ...
Quand la nuit tombe à nouveau, l'Amazonie révèle son vrai visage : celui d'une forêt sauvage peuplée d'insectes en tout genre. Sauterelles géantes hideuses avec des crochets, moustiques de la taille d'une mite, papillons de nuit gros comme ma main, coléoptères à gogo, et bien sûr des araignées qui se régalent de ce petit monde. Une horde de ces charmants autochtones s'abat sur le bateau, attiré par les quelques lumières restantes. Impossible de rester plus de 5 minutes sur le pont sans qu'un insecte volant non identifié me heurte le visage ou le corps. Hier, nous avions été épargné grâce au vent qui soufflait trop fort pour leur permettre d'atterrir sur le bateau.
Le troisième matin, je me lève à 5h00 pour admirer le lever de soleil. Sur le pont, des centaines d'insectes sont morts, englués dans la rosée matinale. Le ciel se drape d'un violet-orange, qui se reflète dans l'eau, avant qu'un grosse boule rouge n'apparaissent derrière les arbres. Une fine bande de brume coupe l'horizon en deux. Ce spectacle magique, je l'ai vu des dizaines de fois, mais je ne m'en lasse jamais. Du coup, je me lève tous les matins suivants pour y assister seul sur le pont supérieur du bateau.
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Je me rend compte à quel point les brésiliens n'ont que faire du respect de l'environnement. J'ai l'impression que c'est une préoccupation de riche occidental, que je suis. Dans les villes, les gens ne prennent pas la peine de faire les 10 mètres qui les séparent d'un poubelle publique, quand il ont besoin de jeter quelques chose. Le trottoir où le caniveau font parfaitement l'affaire pour s'en débarrasser. Sur le bateau, c'est pire, et ça me révolte encore plus. Tous les détritus passent par dessus bord : chaussures usagées, canettes de bière, gobelets en plastique, mégots de cigarette, etc ... Ca me met hors de moi à chaque fois que j'assiste à ces scènes pathétiques. Et ça ne sert à rien de leur dire, car dans l'énervement je ne peux pas aligner trois mots de portugais.
Le bateau arrive à Porto Velho à 17h30, le quatrième jour. Un ciel noir et menaçant nous accueille. Nous avons à peine le temps de débarquer qu'un orage éclate. Nous attendons 30 minutes, mais ça ne se calme pas. Il nous faut encore trouver notre hôtel, aller manger, et se renseigner sur les bus pour demain matin, ce qui ne nous permet pas de nous attarder à l'abri dans le port. Nous utilisons donc nos sacs poubelles géants pour envelopper les sacs, je me fais un joli t-shirt en plastique, et nous voilas parti sous la pluie, dans les rues sombres de Porto Velho. La route qui mène au centre-ville est inondés et je patauge dedans avec mes tongs. Nous passons juste la nuit ici, et repartons dès demain en bus pour Guajara-Mirim où se trouve le poste de frontière avec la Bolivie.
00:00 Publié dans Brésil | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : brésil, manaus, porto velho, amazonie, fleuve, bateau, coucher de soleil





























